Proposée en cabinet depuis des décennies, l'acupuncture pour arrêter de fumer repose souvent sur la stimulation de points précis de l'oreille (l'auriculothérapie), supposés agir sur le manque et l'envie. Séduisante par son côté non médicamenteux, elle a fait l'objet de nombreux essais cliniques, avec des résultats nettement plus modestes que ce que la popularité de la méthode laisserait penser.
Ce que montre la synthèse des essais cliniques
Une revue Cochrane consacrée à l'acupuncture et aux techniques apparentées pour l'arrêt du tabac, portant sur plusieurs dizaines d'essais randomisés, conclut qu'il n'existe pas de preuve solide que l'acupuncture soit plus efficace qu'une acupuncture placebo (aiguilles posées sur des points non spécifiques) pour arrêter durablement de fumer. Les quelques essais montrant un effet positif souffrent généralement de faiblesses méthodologiques (petits effectifs, absence de suivi à long terme) qui limitent la portée des conclusions.
Pourquoi la distinction avec le placebo est si difficile
L'un des obstacles majeurs de la recherche sur l'acupuncture est de constituer un vrai groupe témoin : contrairement à un médicament et un comprimé de sucre, il est difficile de simuler une séance d'aiguilles de façon totalement indétectable pour le patient. Cette difficulté méthodologique explique en partie pourquoi le niveau de preuve reste faible après des décennies d'études, sans qu'on puisse pour autant conclure avec certitude à une absence totale d'effet.
Ce qu'elle apporte quand même, sans remplacer le reste
Comme pour l'hypnose, une bonne partie du bénéfice ressenti par les personnes qui réussissent après une séance d'acupuncture tient probablement à l'engagement psychologique que représente la démarche : prendre rendez-vous, s'allonger, se rendre disponible pour soi pendant une heure. Certaines personnes rapportent aussi un effet relaxant ponctuel utile pour traverser un pic d'envie, sans que cela ne remplace un accompagnement au niveau de preuve plus solide.
- Aucune preuve solide de supériorité par rapport à une acupuncture placebo pour un arrêt durable.
- Difficulté méthodologique connue : simuler une fausse séance d'aiguilles de façon crédible est complexe.
- Bénéfice principal probable : l'engagement et le rituel plus que l'acupuncture elle-même.
- À envisager en complément, jamais en remplacement des substituts nicotiniques ou d'un accompagnement professionnel.
Où la placer parmi les autres méthodes
L'acupuncture rejoint ainsi la famille des méthodes au niveau de preuve limité mais au potentiel de ritualisation fort, aux côtés de l'hypnose et de la méditation de pleine conscience. Pour construire une stratégie solide, le comparatif complet des méthodes reste le point de départ le plus fiable avant d'ajouter une approche complémentaire comme celle-ci.
